Jean-Luc Pasquier

Jean-Luc Pasquier

Si tu veux être heureux une heure, bois.
Si tu veux être heureux une vie, deviens jardinier
(Proverbe asiatique)

Planter un arbre, c’est faire confiance à la terre, c’est un acte d’espoir, de confiance en l’avenir. Un acte de charité pour les générations à venir qui pourront cueillir ses fruits lorsque nous ne serons plus là. (Louis-Sébastien Mercier 1740-1814)

Fais gaffe à la flore

Arrêtez-vous une minute. Regardez autour de vous, la vue est superbe. La neige scintille de milles reflets et le silence règne en maître sur ce monde transi. Seul votre souffle lourd et vaporeux trahit votre présence. Les arbres et les plantes semblent figés, comme pétrifiés dans leur gangue de neige glacée. Le ciel de l’aube, tout en dégradé d’orange et de bleu métallique, paraît léger et vous offre le plus beau des spectacles. Cette magnificence, réservée aux seuls lèves-tôt, vous paraît méritée après tant d’efforts. Pas pour ce satané réveil, mais pour les centaines de mètres de dénivelé et pour ce nez rouge qui dégouline à cause de la fricasse ambiante. Vous vous sentez bien et vous êtes certain d’être dans votre élément. Bravo ! Grâce à votre visite, vous faites honneur à la nature qui vous entoure.

Bonsaïs alpins

Mais au fait, avez-vous remarqué que les sapins par exemple, géants au bas de la montagne, prenaient des allures de bonsaïs en approchant du sommet ? En y regardant de plus près, vous observerez que leur végétation paraît plus modeste, toute tourmentée qu’elle est par les éléments qui sont bien moins cléments qu’en plaine. Les rayons UV, plus intenses en altitude, influencent considérablement la forme de toutes les plantes par leurs effets nanifiant. La nourriture et l’eau sont aussi plus rares dans ces sols rocailleux que dans votre boulimique jardin, ce qui ne facilite pas la tâche à la flore alpine. De plus, la période de croissance étant plus courte ici en haut, la longueur des pousses torturées s’en trouve réduite. Rajoutez à cela la faune et le bétail qui prélève chacun leur part de nourriture sur ces géants nanifiés et vous vous retrouvez avec des centenaires qui ne mesurent pas plus de quelques mètres de haut. Alors total respect pour ces papys des alpes !

Suivez la trace

Ça c’était pour la partie émergeante. Mais imaginez-vous que sous la neige, la relève se prépare. De petites plantes, bien à l’aise sous ce manteau neigeux qui les protègent de l’abroutissement (restauration du gibier) et du dessèchement, espèrent que la vie leur donnera la possibilité de passer cette mauvaise saison sans trop de dégâts. Car oui, les plantes à hauteur de bouche sont les premières à se faire boulotter, et oui les conifères et les plantes persistantes continuent de transpirer par leur feuillage durant l’hiver. Alors si vous marchez sur ces petits enfants de la nature, qui tentent tant bien que mal de survivre, vous fichez en l’air des années de combat pour subsister dans ce milieu hostile et vous trucidez la descendance de cette splendide verdure qui vous entoure. Sans compter que sous chacun de vos pas se cachent des centaines d’organismes qui n’apprécient non plus guère l’écrasement. Si vous suivez la trace qui a été balisée sur un chemin déjà existant, les effets négatifs sur l’écosystème alpin se limiteront à un filin unique et sans danger pour l’environnement. Vous contribuez ainsi à la sauvegarde de ce que vos yeux apprécient tant à chaque sortie en raquettes : une nature vierge et sauvage. Merci !


Jean-Luc Pasquier

Consultant horticole et Chroniqueur pour la TSR, La Liberté,

Radio Fribourg, l'Horticulture romande et le Jardin romand


pasquier@jlpasquier.ch

http://www.jlpasquier.ch/